Qui est Gérard Oberlé ?
Gérard Oberlé est né en Alsace en 1945. Adolescent en Suisse chez les Jésuites à Fribourg, Puis étudiant en lettres classiques à Strasbourg et à la Sorbonne, il devient maître auxiliaire de latin et de grec à Metz. Sa carrière de professeur de latin-grec est prématurément brisée par le jet d'un encrier sur la personne du fonctionnaire d'académie chargé de l'inspecter.
Gérard Oberlé vit depuis 1976 dans le sud-Morvan tout en s'échappant régulièrement vers l'Egypte, l'Arizona, ou la Syrie. Romancier, il a publié : Nil Rouge (Folio, 2000), Pera Palas (Le Cherche-Midi, 2000), Palomas Canyon (Le Cherche-Midi, 2002), ses chroniques musicales (La Vie est un tango, Flammarion), et un livre inclassable, Salami ! (Actes Sud, 2002) et Retour à Zornhof (Grasset, 2004).
Il est également chroniqueur à France-Musiques et à Lire.
ps : A cause de son crâne entièrement chauve et de sa corpulence, Gérard Oberlé est souvent confondu avec le chanteur des 'Garçons bouchers'. Gérard Oberlé est un ami intime de l'écrivain Jim Harrison avec lequel il entretient une correspondance très riche.

AU LECTEUR
'ai passé ma petite enfance dans un canton rural et forestier à la frontière de l'Alsace et de la Lorraine. C'était tout juste après la guerre, quand régnait encore dans ces parages une véritable civilisation avec des types plébéiens de grand caractère, certains fort touchants, d'autres redoutables. Pour ne pas entrer dans les détails, je dirai simplement que j'étais un enfant instable et tourmenté, une combinaison alarmante qui s'est révélée calamiteuse quand vint l'adolescence. La lecture a fortement contribué à aggraver la situation, dans la mesure où, très jeune encore, j'ai compris que la vraie vie n'avait pas grand chose à voir avec ce que les imbéciles appellent " le monde réel ". A l'âge de onze ans j'ai quitté la région pour n'y retourner qu'une seule fois dans les années soixante, pendant deux trimestres, en qualité de maître auxiliaire dans un lycée messin. Ensuite ma vie s'est jouée ailleurs, un peu partout dans le monde.
Les auteurs d'autrefois auraient appelé cet épisode " années d'apprentissage ", une expression pudique et valorisante qui, en réalité masque toutes sortes d'aventures romanesques plus ou moins avouables. Comme beaucoup j'ai fini par me tasser quelque peu, surtout depuis que j'ai posé mon sac dans le Sud du Morvan, et que j'ai pris la plume.
Depuis quelques années je retourne en Lorraine, où me reste pour toute famille une sœur fixée dans le village vosgien de mes grands-parents. Or, à chaque retour, sitôt que j'approche du plateau lorrain, bizarrement mon cœur se serre. Entre Toul et Blâmont cette sensation devient de plus en plus oppressante, comme si le paysage agissait directement sur mes sentiments et cela dans une extrême confusion, un mélange de fascination et de répulsion que jamais je n'ai jamais su expliquer.
Longtemps j'ai voulu comprendre ce phénomène, en démêler les causes. Pourquoi, après tant d'années d'absence, cette contrée exerce-t-elle une emprise aussi violente et contrastée sur l'homme que je suis devenu loin d'elle ?
Avec Retour à Zornhof, un voyage d'hiver rythmé par le cycle des mélodies de Schubert, j'ai essayé d'éclaircir en partie ce mystère et de faire enfin la paix avec ma terre natale.
Gérard Oberlé



